Acte de fondation de l’abbaye de Valmont

Cet acte est présenté dans l’exposition « Les princes de Monaco en Normandie : des Estoutteville aux Grimaldi » du 14 septembre au 14 décembre 2019. En effet, l’abbaye Notre-Dame de Valmont est intimement liée à l’histoire des Estouteville, de sa fondation à sa suppression à la Révolution française. Cette abbaye seigneuriale fut en effet, dès le début, la nécropole des héritiers de la branche aînée de la famille, descendants du fondateur.

C’est en 1169 que Nicolas d’Estouteville, seigneur de Valmont, probablement le fils aîné de Robert II d’Estouteville, fonda et dota l’abbaye Notre-Dame de Valmont, en fond de vallée dans une zone humide, boisée et marécageuse, sur la rive droite de la rivière de Valmont, relevant alors de la paroisse de Thérouldeville.

La charte considérée comme l’acte de fondation et dotation de l’abbaye, jugée perdue depuis le XIXe siècle et qui n’était connue que par des copies imprimées de l’époque moderne, a été retrouvée en 2018, dans le chartrier de l’abbaye conservé aux Archives départementales de la Seine-Maritime. Ce chartrier ayant beaucoup souffert des injures du temps, cet acte, non daté, est désormais lacunaire, sa moitié gauche ayant disparu…

L’acte commence par un préambule assez long pour l’époque et davantage typique des actes de la première moitié du XIe siècle, consacré notamment à l’incertitude des choses et au temps qui passe, à l’oubli et à la finitude de l’homme, avec sur ce dernier point une citation d’un psaume (102,15), mais aussi à la malveillance et à la malice de ce dernier.

Après ce préambule, Nicolas d’Estouteville indique confirmer à l’abbaye par le présent acte les dons et aumônes qu’il lui a donnés avec le consentement de son fils aîné et héritier Robert, pour le salut de son âme, celle de ses prédécesseurs et celle de ses proches parents mais aussi de celle de son seigneur et suzerain le roi Henri II Plantagenêt. Cette formule est fondamentale, car là est bien sans doute l’objectif premier de cette fondation : assurer le salut du lignage et offrir à ce dernier une nécropole et les prières des moines.

Nicolas dote l’abbaye d’un important patrimoine, en perpétuelle aumône et sans charges, afin d’assurer son autonomie et des revenus : le site même de l’abbaye (le lieu de l’abbaye et toute la terre jusqu’à la rivière, le bois devant l’abbaye et la terre qui l’entoure, et un pré entre ce bois et le vivier seigneurial) et ailleurs près de 65 hectares de terres et autres prés, bois, etc., mais aussi des hôtes et leurs tenures, maisons, des églises et moulins, droits d’herbage et de panage sur ses terres pour les bêtes de l’abbaye, etc. Il céde également à l’abbaye, en Angleterre, l’église de Stratfield (Stratfield-on-Saye, Hampshire) avec l’ermitage Saint-Léonard. Le patrimoine français cédé à l’abbaye de Valmont, important, était intégralement cauchois et concentré à Valmont et dans un rayon de 4 à 7 kilomètres autour de l’abbaye, en dehors des Loges, plus éloignées, à une vingtaine de kilomètres. Il était principalement situé dans les paroisses de Valmont, Thérouldeville, Riville, Thiergeville, Yerville, Thiétreville, Ganzeville et des Loges.

Par ailleurs, par cette charte, Nicolas céda à l’abbaye le cuir des bêtes de son parc seigneurial pour la préparation des livres de l’abbaye ; dès sa fondation, le fondateur sembla donc vouloir donner une vocation intellectuelle et culturelle à son monastère, sans doute doté d’un scriptorium.

Enfin, il faut noter le caractère très tardif de cette fondation bénédictine, qui fut la dernière du diocèse de Rouen, les établissements de monastères cisterciens étant davantage la norme à partir de la seconde moitié du xiie siècle.

Retrouvez l’intégralité de l’article de Michaël Bloche consacré à « L’abbaye Notre-Dame de Valmont : « Fondation et développement du temporel, jusqu’à la guerre de Cent Ans » dans la publication en vente à l’accueil des Archives et en librairie « Les princes de Monaco en Normandie : Des Estouteville aux Grimaldi, seigneurs de Valmont » aux Éditions Point de Vues.


Acte de fondation et dotation de l’abbaye de Valmont par Nicolas d’Estouteville, vers 1169. Fonds de l’abbaye de Valmont, 19 H 2.