André Vitel, dernier mineur exécuté en public

Accusé : André Vitel, 17 ans, garçon de sonnerie à bord des navires de la Compagnie générale Transatlantique, demeurant au Havre

Accusation : Assassinat de Françoise-Anne Vitel, sa belle-sœur, 28 ans ; meurtre de son neveu Michel Vitel, 6 semaines ; vol qualifié.

Verdict : Peine de mort.

Comme de nombreux crimes avant-guerre, ce double meurtre au Havre est commis avec une extrême brutalité et dans la sphère des connaissances. Le crime est commis au domicile de la victime, comme souvent alors.

L’enquête de police réside dans l’observation à une époque où la police scientifique balbutie. L’enquêteur est guidé par les indices sur la scène de crime : le repas commencé avec deux assiettes indique que le suspect est un proche ; les tiroirs fouillés renseignent sur le mobile ; les traces de sang permettent de reconstituer la lutte.

1 Lieu du crime

Plan du Havre, XXe siècle, 12 Fi 620 (Partie du centre-ville où se situe la rue Frederick Lemaître près du Bd François Ier).

Le crime a été commis le 8 juin 1938 rue Frédérick Lemaître au Havre, domicile de Pierre et Françoise-Anne Vitel, 29 ans, demi-frère et belle-sœur de l’accusé. André Vitel, 17 ans, est accusé du meurtre avec préméditation de sa belle-sœur et de son neveu, avec pour mobile le vol de 1300 francs.

2 Déposition d’André Vitel

9 juin 1938, 2 U 2285.

Lors de son audition le 9 juin 1938, André Vitel avoue les crimes dont il est suspecté. L’assassinat a été commis avec préméditation ; l’inculpé invoque l’argent pour mobile. Les détails qu’il donne sont précis et il ne semble pas affecté par son propre récit.

3 Un crime atroce

Plan de la scène de crime dressé par le commissaire de police, 9 juin 1938, 2 U 2285.

Ces assassinats ont été commis avec une grande violence, à l’aide de fers à repasser et de 6 à 7 couteaux de cuisine et de table pour sa belle-sœur. Il a étouffé l’enfant de celle-ci afin que ses pleurs n’alertent pas les voisins. Le caractère concomitant de ces meurtres lui enlève toute circonstance atténuante lors du procès.

4 Photographies de la reconstitution

André Vitel simule le meurtre de sa belle-sœur, 13 juin 1938, 2 U 2285.

La foule a témoigné son horreur durant le procès aux abords du Palais. André Vitel n’a montré aucun regret ni émotion devant la famille venue témoigner, y compris devant son demi-frère, Pierre Vitel, son cotuteur.

5 Saisie

16 juin 1938, 2 U 2285.

En vertu de la Commission Rogatoire du 14 juin 1938, le Commissaire de police du Havre procède à une perquisition au domicile d’André Vitel. Plusieurs vêtements, largement tâchés de sang, ainsi qu’un morceau du journal Le Petit Havre, sont saisis.

6 Témoignage d’Émile Le Moal, demi-frère de l’assassin

22 juin 1938, 2 U 2285.

Dans son témoignage, Émile Le Moal relate des faits qui viennent éclairer le comportement de son demi-frère: André fait preuve d’un « caractère sournois, renfermé, hypocrite » ; « sa paresse et sa mauvaise volonté » lui valent d’être renvoyé à plusieurs reprises des navires où il est enrôlé. Il menace certains membres de son entourage, notamment les épouses de ses frères…

7 Témoignage de Pierre Vitel, demi-frère de l’assassin et mari de la victime

29 juin 1938, 2 U 2285.

Quant à Pierre Vitel, époux et père des deux victimes, il a le même discours ; lui et Émile Le Moal sont nommés tuteurs du jeune André lors du décès de sa mère. André n’a jamais menacé Pierre Vitel, mais l’épouse de celui-ci. Il rompt tout contact avec son frère, sans raison, avant de reparaître quelques mois plus tard. Pour Pierre, André a probablement agi par pure jalousie.

8 Conclusions du psychiatre

2 U 2285.

Le Docteur Romain, chargé d’étudier le comportement d’André Vitel, livre des conclusions sans appel : « la fureur alcoolique ne saurait être invoquée » ; par ailleurs, « sa façon méthodique d’étouffer le bébé, ses précautions pour effacer les traces de l’acte criminel, montrent qu’il était en possession de toute son intelligence ».

9 La mort pour André Vitel

Liste des jurés au procès en assises d’André Vitel, janvier 1939, 2 U 2285.

André Vitel a été soumis à un jury populaire tiré au sort, dont la moyenne d’âge est de 52 ans. Il est condamné à mort le 17 février 1939. Pourvoi en cassation et recours en grâce sont rejetés malgré la jeunesse de l’accusé. Roger Verdière, 18 ans, vole et assassine dans sa cuisine Célina Martin à Caudebec-en-Caux le 19 novembre 1938. Lui aussi est condamné à mort puis gracié. Il effectuera un peu plus de 16 ans de travaux forcés. André Vitel n’a pas bénéficié de cette indulgence en raison de l’assassinat du nourrisson. Le président de la Cour d’Assises a insisté sur ce point au cours du procès : « N’importe quelle brute eut épargné ce bébé de six semaines. »

10 Exécution

Procès-verbal d’exécution à Rouen d’André Vitel, 17 février 1939, 2 U 2285.

André Vitel est exécuté sur la Place Bonne-Nouvelle à Rouen le 3 mai 1939 à 4h50 du matin, devant un « public restreint ». Le matin de l’exécution, il « fait preuve de calme et de résignation », boit un verre de rhum et fume une cigarette avant la sentence.