Carte de gestion domaniale de l’abbaye de Foucarmont, XVIIe siècle

Les fonds d’archives des établissements monastiques sont les mieux conservés dès le Haut Moyen Age. C’est pourquoi nous avons aujourd’hui retrouvé sous la coté 8 H 70 un dessin à la plume et au crayon à papier, parfaitement conservé. Cette cote regroupe les archives relatives aux donations et confirmation de donations par Henri et Raoul, comtes d’Eu, et par la comtesse Alix. On y trouve des contentieux, suivis de transactions entre l’abbaye de Foucarmont d’une part et l’abbaye de Saint-Michel du Tréport et les Jésuites de la ville d’Eu d’autre part (le prieuré de Saint-Martin-au-Bosc près d’Incheville dépend de l’abbaye du Bec).
Notre carte représente la forêt d’Eu, les trièges de Guerville, Blangy et Saint-Léger. L’abbaye de Foucarmont est figurée au centre, avec son bourg, entourés de Blangy au nord, de Réalcamp à l’est, et Villers-sous-Foucarmont au sud. C’est le comte d’Eu, Henri Ier, qui fonda l’abbaye de Notre-Dame-et-Saint-Jean en 1130. L’auteur du plan a pris soin de représenter le vallon au fond duquel coule la rivière l’Yères, où est implanté l’abbaye.
Le dessin, fait à main levée, devait permettre de positionner dans l’espace l’abbaye et ses dépendances et ainsi aider à la gestion domaniale. C’est donc une représentation très utilitariste, où le positionnement des villages, de la forêt et des chemins de passage doivent être justes. La mention « dixmes contentieux » notée à coté du village de Richemont confirme l’utilité de cette carte pour la visualisation des domaines.
La lecture de cette représentation graphique nous permet également de visualiser l’importance de la prestigieuse abbaye de Foucarmont qui était le lieu de sépulture des comtes jusqu’ au milieu du XIVe siècle. Outre les donations du fondateur, le comte Henri (prés, bois…), l’abbaye fut attributaire de nombreux dons provenant des Seigneurs des environs. D’autre part, l’intense activité de défrichement pratiquée par les moines eux-mêmes, permis de mettre en culture un espace considérable, bien visible sur ce plan.
L’artiste a choisi de figurer les forêts et les chemins au crayon à mine de plomb et d’illustrer les villages, maisons, bâtiments religieux et moulin de traits de plume. La plume est un matériel couramment utilisé au XVIIIe siècle. La mine de plomb (1/3 d’étain et 2/3 de plomb), ancêtre de notre crayon à papier, est très répandue au XVe siècle avant d’être définitivement abandonnée au milieu du XIXe siècle. Vers 1560, une mine de graphite, très pure est découverte à Borrowdale dans le Cumberland en Angleterre. Ce produit, alors appelé plumbagine, est taillé en bâtonnet puis entouré de bois car malpropre à manipuler. La description du produit, ancêtre du crayon que l’on connaît aujourd’hui, figure dans le traité des fossiles du naturaliste suisse Conrad Gesner écrit en 1565. C’est certainement cette forme-ci du crayon qui est ici utilisée car des substituts à la graphite (cher et rare) ne sont recherchés qu’à partir du XVIIIe siècle. L’Europe essaye de concurrencer l’Angleterre avec la création, en 1760, d’une usine de fabrication de crayon près de Nuremberg. Mais les crayons, créés en mélangeant de la poudre de graphite avec de la gomme, des résines, colle, soufre etc. sont de très mauvaise qualité. Enfin, en 1779, le chimiste Scheele découvre que la plombagine est en réalité du carbone.
Cette carte est à la fois l’affirmation de l’importance de l’abbaye au XVIIe siècle, un témoignage de l’aménagement du territoire et une belle représentation paysagère.  
Carte de gestion domaniale de l'abbaye de Foucarmont, XVIIe siècle

Carte de gestion domaniale de l'abbaye de Foucarmont, XVIIe siècle