Charte de Richard Coeur de Lion en faveur de l’abbaye de Bonport, 22 juin 1190

Par cette charte, Richard Ier, roi d’Angleterre, duc de Normandie, d’Aquitaine et comte d’Anjou concède à l’abbaye cistercienne Notre Dame de Bonport 10 charrues de terre, chacune mesurant 60 acres, dans la forêt d’Eawy pour y bâtir une grange destinée à l’élevage du bétail et à l’entrepôt du fourrage. Cette donation est assortie d’un ensemble de droits ou libertés accordés aux moines : ceux-ci peuvent utiliser le bois pour construire des bâtiments ou se chauffer, faire paître leurs bêtes dans les herbages et mener les porcs à la glandée dans les bois. Cette donation intervient alors que l’abbaye vient d’être fondée par Richard en été 1189.
La légende veut que Richard, lancé à la poursuite d’un cerf se soit précipité à cheval dans la Seine où il manqua de se noyer. Il fit alors le vœux de fonder une abbaye dédiée à la Vierge à l’endroit où son cheval reprendrait pied sur la berge. Richard en réchappa et fonda, conformément à son vœux une abbaye à Maresdan, en forêt de Bord, sur le territoire de l’actuelle commune de Pont-de-l’Arche.
L’emplacement situé au confluent de la Seine et de l’Eure avait en outre le mérite d’être stratégique. Par cette fondation et les privilèges octroyés par la suite, Richard s’assurait des soutiens dans un territoire que le roi de France lui contestait régulièrement.
Ce document donne un exemple du système d’économie agricole adopté par les moines cisterciens. Ce système reposait sur la fondation de granges exploitant chaque domaine concédé à l’abbaye. Il garantit à l’ordre religieux une certaine prospérité tout au long du XIIIe siècle qui permettra en l’occurrence aux moines de Bonport de faire construire, dans la première moitié du XIIIe siècle, une abbatiale et des bâtiments conventuels d’excellente qualité.
Il est d’ailleurs intéressant d’observer ici les diverses utilisations que les moines peuvent faire de la forêt. La forêt à l’époque ne se limite pas aux espaces boisés et comprend également des terrains de chasse sous la juridiction directe du roi. On y trouve ainsi des herbages aussi bien que des espaces boisés.
Ce document a été retrouvé dans un supplément de versement à la sous série 5 H (fonds de l’abbaye de Bonport) à l’occasion de l’opération de récolement de la série H (clergé régulier). Lancé récemment, ce travail doit permettre de dresser un inventaire des sceaux et documents précieux conservés dans cette série et de vérifier l’état de conservation des pièces originales, dans le but d’établir un programme de restauration. Cette charte vient compléter un relevé préexistant des actes de Richard Cœur de Lion conservés aux Archives départementales.
Le sceau qui authentifiait ce document est conservé. Il s’agit du premier sceau royal de Richard Cœur de Lion, utilisé pendant la période 1189-1194. Il présente deux faces de tailles égales qui évoquent les deux natures de Richard. La première représente le souverain : Richard, roi d’Angleterre, est couronné et assis sur un trône ; la seconde représente le grand seigneur feudataire : Richard est en effet duc de Normandie, d’Aquitaine et comte d’Anjou, terres qu’il tient du roi de France. Sur cette face, il est représenté à cheval et en armes, allusion sans doute au service militaire qu’il doit à celui dont il tient les terres.

Charte de Richard Coeur de Lion en faveur de l'abbaye de Bonport, 22 juin 1190

Charte de Richard Coeur de Lion en faveur de l'abbaye de Bonport, 22 juin 1190