Création de la « Goutte de lait » à Rouen

Les Archives départementales conservent  dans les archives de la Préfecture des déclarations d’association, en cours d’indexation. Parmi ces dossiers, on trouve la création de la « Goutte de lait » à Rouen (4 M 530).

La première Goutte de lait fut créée à Fécamp, en 1894, par le docteur Dufour. Ce médecin est suivi de peu par l’un de ses collègues à Belleville. Dans ces deux villes, la mortalité infantile est supérieure à la moyenne nationale, mais cette problématique est commune à l’ensemble du pays.

Les femmes ouvrières travaillant toute la journée ne peuvent allaiter leurs enfants. Leurs nourrices leur donnent du lait de mauvaise qualité ou ont tendance à les suralimenter. Dans certains cas, les nourrices servent des aliments non adaptés à l’âge des nourrissons. Pour lutter contre ce fléau, les « Goutte de lait » jouent un rôle : de démocratisation de l’accès au soin et des notions de pédiatrie, de l’avancement des connaissances médicales.

Leur premier objectif est de distribuer du lait sain aux femmes pauvres. L’organisation de la Goutte de lait prépare elle-même le lait distribué. La ration de lait par enfant est déterminée en fonction du poids et de la taille. Le service est entièrement gratuit pour ces femmes. Aussi touchées par cette mortalité infantile, les femmes aisées ont accès au service payant.

Leur deuxième objectif est l’examen de l’état de santé des bébés. Comme à Belleville, les locaux des « Goutte de lait » s’organisent le plus souvent autour d’une grande pièce. Les médecins y travaillent au milieu des femmes et des enfants. Pour les cas les plus graves, une hospitalisation immédiate est recommandée. Les décisions des médecins sont soumises au regard de tous. Les mères trouvent un espace pour échanger  entre elles. Les médecins gagnent la confiance des mères. Ces consultations sont gratuites pour les mères dans le besoin et éventuellement fixées  selon le revenu. Pour faire passer un message de prévention, l’institution distribue des tracts et des petits livrets faciles d’utilisation. Elle utilise des affiches et met en place des conférences populaires sur l’hygiène infantile, animées par un médecin.

Le troisième objectif est de développer les connaissances médicales grâce à l’observation des enfants. La Goutte de lait de Belleville conserve la taille et le poids des nouveaux arrivants et celle de Fécamp crée un livret de santé pour chaque enfant. La mise en place de statistiques permet la publication de traités et la mise au point de nouveaux outils.

En marge du système officiel, les « Gouttes de lait » fonctionnent grâce et a des financements privés.

Simon Royer