Dessin d’un moulin à blé à Eu, 23 et 24 frimaire an XIII (1804)

Dès le Moyen Âge et jusqu’au XVIIIe siècle, l’eau constitue la principale source d’énergie pour l’industrie. La force hydraulique permet une grande diversité d’utilisation et on trouve des moulins à eau sur tous les affluents de la Seine. La coupe présentée montre l’un des quatre moulins à blé de la sénatorerie d’Eu installé sur la Bresle. Elle est tirée d’un rapport rendu par les commissaires des Travaux Publics à l’occasion d’un contentieux concernant le moulin à blé du Sieur Jacob, construit sans autorisation et accusé de nuire à l’activité des moulins des sénateurs Durand et Boquet (rapport du 23 décembre 1804). Il revient donc aux experts d’établir si le moulin est nuisible au sens de l’article 1 de l’arrêté du Directoire du 19 ventôse an VI : « les nouvelles constructions ne doivent être irrévocablement nuisibles à la navigation, à l’industrie ou à l’emploi des eaux ».

La visite des expert montre que le moulin ne peut nuire à la navigation puisqu’il est construit à 66 toises du bord de la rivière et que la Bresle n’est pas navigable, mais uniquement au bon fonctionnement des moulins situés en aval de la prise d’eau. Par ailleurs, il résulte des calculs des experts que la dépense en eau dudit moulin est moindre car « toute l’eau tombe sans perte sur la roue qui tourne dans un courcier où elle n’a que le jeu nécessaire pour faciliter la rotation avec le moins de frottement possible ». Le moulin du sieur Jacob offre un meilleur rendement que les autres, moins bien entretenus. De plus, il présente l’avantage d’éviter aux habitants du faubourg l’inondation des jardins et des terres environnantes. En effet, Jacob a fait réaliser un noé, installer des digues et abaisser les radiers sur lesquels sont installées les roues pour contrôler l’écoulement des eaux de la rivière de la Bresle.

Le plan permet de comprendre le fonctionnement des moulins de l’époque. L’eau de la rivière arrive par un canal de dérivation appelé noé qui permet l’écoulement des eaux de la rivière jusqu’à la roue du moulin. Ce moulin est un moulin dit à deux roues tournantes : les deux roues sont implantées sous le bâtiment au rez-de-chaussée, sur les deux pignons opposés du bâtiment reposant sur deux courciers différents (canaux dans lesquels la roue est placée et où l’eau qui la met en mouvement s’écoule). La prise d’eau par les roues se fait par le bas. Les deux roues actionnent des meules situées à l’étage qui écrasent les grains pour fabriquer la farine.

Dessin d’un moulin à blé à Eu, 23 et 24 frimaire an XIII (1804)

Dessin d’un moulin à blé à Eu, 23 et 24 frimaire an XIII (1804)