Eglise Saint-Nicaise de Rouen, dessin de la coupole en béton armé translucide, vers 1935

En mars 1934, un incendie détruit partiellement l’église Saint-Nicaise de Rouen. Un concours est alors ouvert par la ville de Rouen en vue de reconstruire la nef et le clocher. Les termes de ce concours sont contraignants : la nouvelle construction doit s’accorder aux parties restées debout, à savoir le chœur et quelques piliers de la nef.
En juin 1935, le projet des architectes Pierre Chirol et Emile Gaillard est retenu, le parti ayant été pris de respecter le parvis et le chevet du XVIe siècle. Le choix d’une nef unique de plan carré avec un clocher sur la gauche du parvis permet de ne pas rompre l’harmonie générale. La façade est à trois niveaux avec un auvent sur l’avant-portail supportant un grand gable ajouré, orné de sculptures en ciment.
Les lignes élancées et superposées rappellent pour Pierre Chirol l’architecture romane normande. Ainsi, la coupole de béton, où se recoupent les arcs de la nef, évoque la tour lanterne normande. L’utilisation du béton armé contribue à en faire un ensemble moderne, intégré au quartier Saint-Nicaise comme aux vestiges de l’ancienne église.

L’œuvre de l’architecte rouennais Pierre Chirol, né en 1881, est bien représentée dans cette fusion du classicisme et de la modernité que représente l’église Saint-Nicaise, consacrée en 1940.

Pierre Chirol contribue avec ses collègues au tournant décisif que constitue l’utilisation du béton armé dans l’architecture. L’intérêt de cette alliance de l’acier et du ciment mise au point par François Hennebique est tel qu’elle fait immédiatement l’objet de nombreux brevets dont l’un des plus importants est celui de François Coignet.
Après son emploi remarqué par l’architecte Auguste Perret pour la construction de l’église Notre-Dame-du-Raincy et par Paul Tournon à l’église Sainte-Odile de Paris, le béton tend à se généraliser dans l’architecture monumentale, civile ou religieuse.
Dès 1913, Pierre Chirol réalise à Fauville-en-Caux sa toute première rosace de ciment armé, cet élément de décor moderne sera repris pour la plupart de ses églises. Le béton lui permet aussi, pour les édifices religieux, la mise en place de plans centrés, de tours lanternes et de claustras.
Vers 1930, la poste de Deauville et la Direction régionale des Postes de Rouen (près de la gare) sont des bâtiments à ossature de béton. Leur structure reste cachée par le revêtement de façade, enduit de ciment pour le premier et de pierre de taille pour le second.

C’est pour la Compagnie des Tramways que Pierre Chirol réalise ses projets les plus innovants. Pour le magasin de pièces détachées de la rue de Trianon à Sotteville-Lès-Rouen, il laisse la structure béton apparente. En 1931, il édifie rue Poret-de-Blosseville un vaste garage à charpente métallique et façades enduites de ciment.
Tout en qualifiant le béton de « matériau intéressant », Pierre Chirol dénoncera son emploi forcené et approuvera les vives critiques adressées au Style international, courant architectural incarné en France par Le Corbusier, auquel il reproche une « insuffisance esthétique ».
La Reconstruction marque toutefois le triomphe de cette architecture et l’une des dernières réalisations de Pierre Chirol, le garage des autobus de la rue de Constantine à Rouen, avec ses façades dont les fenêtres constituent le seul décor, apparaît en 1952 comme un édifice d’une grande modernité.

Coupole de l'église Saint-Nicaise de Rouen, vers 1935

Dessin de la coupole de l'église Saint-Nicaise de Rouen, vers 1935 (121Fi)