
La présence humaine en Normandie est attestée dès la Préhistoire par de nombreux sites archéologiques. A partir du IVe siècle avant J.C., deux tribus celtes appartenant au groupe des Belges s’installent de part et d’autre de la Seine : les Calètes et les Véliocasses. Après la conquête romaine, l’empereur Auguste rattache ces tribus à la Lyonnaise seconde, circonscription qui couvre notamment toute la Normandie actuelle. L’intégration dans le monde romain se fait par le développement des villes et des moyens de communication. La Normandie passe au Ve siècle sous domination franque et s’intègre à la Neustrie. Les raids scandinaves débutent dans la première moitié du IXe siècle. Profitant des guerres entre rois carolingiens, ils s’établissent plus durablement, offrant leur protection aux populations. Le traité de Saint-Clair-sur-Epte qui constitue l’acte de naissance du duché de Normandie est signé entre le viking Rollon et le roi Charles le Simple en 911.
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Maison romaine sous la rue de la République, relevé d’Achille Déville, 1845
Cette aquarelle représente l’intérieur d’une maison romaine découverte lors de travaux effectués en 1845 sur la rue royale, actuelle rue de la République, au niveau des eaux de Robec. Elle est l’œuvre d’Achille Déville, le premier conservateur du Musée des Antiquités de Rouen, qui a pris soin également de l’annoter pour que le lecteur puisse interpréter le dessin. Cet intérieur peint et pourvu d’un système de chauffage par hypocauste (circulation de la chaleur par le sol et les murs) atteste de la romanisation de Rouen et du dynamisme de la ville à la période gallo-romaine. ADSM, fonds de la commission des Antiquités, 6 Fi 5/4. Registre papier. |
Charte de Riculphe, archevêque de Rouen et abbé de Saint-Ouen de Rouen, 872
Émanant de l’archevêque de Rouen Riculphe, cette charte peut être datée des derniers mois de l’année 872, ce qui en fait un des documents les plus anciens conservés par les Archives départementales. Riculphe relate ici sa visite des reliques de saint Ouen, transférées à Gasny par crainte des Normands ; il fait don au profit de l’abbaye de biens situés à Bidolidus et à Rumilly (Romilly-sur-Andelle ?) pour assurer le luminaire du saint. Les dispositions prises par Riculphe s’inscrivent dans le contexte de la menace endémique que les Normands faisaient alors peser sur la vallée de la Seine. Rouen avait été pillé et brûlé dès 842. Elles montrent également implicitement l’importance accordée aux reliques à l’époque et le lien étroit qui existe entre le rayonnement spirituel d’un établissement et sa prospérité économique. ADSM, fonds de l’abbaye de Saint-Ouen, 14 H 156. Parchemin, sceau plaqué disparu. |
L’actuelle Seine-Maritime est le centre du pouvoir des premiers ducs normands. Installés à Rouen puis à Fécamp, ceux-ci s’intègrent rapidement dans le contexte franc, tout en apportant quelques éléments d’origine scandinave. Au sein de ce cheminement, le principat du duc Guillaume le Conquérant occupe une place centrale. Vainqueur à Hastings en 1066, il devient roi d’Angleterre. L’empire anglo-normand issu de cette victoire connaît une expansion fulgurante au XIIe siècle. Souverain en Angleterre, le duc-roi n’en est pas moins vassal du roi de France pour ses possessions françaises (Normandie, Anjou, Aquitaine). Un conflit se développe entre les deux puissances qui se solde par la conquête militaire du duché par le roi de France en 1204.
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Richard II et son frère Robert, archevêque de Rouen, confirment et souscrivent une charte de donation en faveur de Saint-Ouen, vers l’an mil
Suite à la concession de 911, les chefs d’origine scandinave, en s’insérant dans les cadres préexistants et en s’alliant avec les aristocrates locaux, s’intègrent dans le paysage politique franc, non sans laisser une empreinte scandinave assez importante sur leur région d’adoption. Ce double mouvement est illustré par la présente charte. Hugues, fils de Turold, et Oda, son épouse, y font don au monastère de Saint-Ouen d’une pêcherie située entre Tourville-la-Rivière et Oissel. Le nom du donateur illustre bien le brassage franco-scandinave qui donne naissance à l’aristocratie normande. Son prénom, Hugues, est fréquent à cette époque au sein de l’aristocratie franque ; son patronyme, fils de Turold, soit la forme francisée du prénom scandinave Þorvaldr, traduit en revanche une ascendance scandinave. Ce nom laisse entrevoir un aristocrate bien intégré au monde franc mais préservant malgré tout un héritage scandinave qui lui permet de rappeler son appartenance au groupe prestigieux des conquérants. ADSM, fonds de l’abbaye de Saint-Ouen, 14 H 570. Parchemin. |
Charte de Richard Cœur de Lion, roi d’Angleterre, duc de Normandie et d’Aquitaine, 1er mars 1190
Cette charte, datée de Chinon, le 1er mars 1190, est prise par Richard Cœur de Lion alors qu’il gagne le sud de la France dans le but de s’embarquer pour la 3e croisade, en compagnie du roi de France Philippe-Auguste. Désireux d’assurer le maintien de l’ordre en Normandie pendant son absence, il y porte quelques dispositions concernant les meurtres commis pendant les périodes de trêves. Le sceau qui authentifie ce document, vieux de huit siècles, se présente à nous dans un excellent état de conservation. Il s’agit du premier sceau royal de Richard Cœur de Lion, utilisé pendant la période 1189-1194. Il offre deux faces de tailles égales qui évoquent les deux natures de Richard : le grand feudataire en arme et le roi souverain. ADSM, fonds de l’Archevêché de Rouen, G 4484. Parchemin scellé. |
L’adhésion de la population normande à l’annexion française de 1204 ne va pas de soi. A peine est-il entré à Rouen que Philippe-Auguste en fait raser les fortifications, ordonnant la construction d’un imposant château qui domine la ville. Le XIIIe siècle est pour la province une période de paix et de prospérité. Elle connaît une croissance démographique spectaculaire, passant à environ 1,5 millions d’habitants en 1328, soit le dixième de la population française. Rouen, qui devient un grand centre drapier, bénéficie au premier chef de cette croissance économique et démographique. La reconstruction de la Cathédrale est l’occasion d’importer le style gothique d’Ile-de-France, celle de l’abbatiale de Saint-Ouen qui suit au début du XIVe siècle marque l’épanouissement exceptionnel de cette architecture.
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Charte de donation de partie des anciens fossés de Rouen par Philippe-Auguste, novembre 1220
Aussitôt entré dans la ville, le roi Philippe-Auguste, fait raser l’enceinte de Rouen, combler les fossés et remplacer l’ancien château des ducs de Normandie, en bordure de Seine, par une nouvelle forteresse, élevée sur la hauteur. Par cette petite charte, il cède une partie des terrains (« plateam fossatorum ») à l’abbaye de Saint-Ouen, comme en témoigne cet acte. Daté d’Anet en novembre 1220, le document a perdu son sceau, jadis apposé sur double queue de parchemin. ADSM, Fonds de l’abbaye de Saint-Ouen, 14 H 179. Parchemin. |
Délibération capitulaire assignant des revenus pour la reconstruction de Saint Ouen, 1321
La construction de l’actuelle église de Saint-Ouen est engagée en 1318. Son ampleur exceptionnelle a nécessité la mobilisation de moyens financiers importants. Ce document, avec son initiale ornée d’une figure d’abbé, nous a conservé la décision prise à ce sujet. L’acte porte au bas, à gauche, le seing manuel du notaire diocésain, Jean de L’Essart, qui s’inscrit dans une figure géométrique trilobée, enrichie de motifs décoratifs. ADSM, fonds de l’abbaye de Saint-Ouen, 14 H 439. Parchemin. |
Le particularisme normand, issu de la période ducale, reste fort. Sur le plan juridique, la Normandie se distingue en France du Nord par sa remarquable précocité dans le domaine juridique et dans l’usage de l’écrit. La coutume de Normandie reste en vigueur et continue à servir de base aux décisions judiciaires. Ce particularisme juridique est confirmé par le roi de France Louis le Hutin lorsqu’il concède en 1315 la fameuse charte aux Normands. Jusqu’à la fin du XVe siècle, le duché de Normandie continue à former une entité à part, pourvue d’un sceau.
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Grand coutumier de Normandie, fin XVe siècle
Ce manuscrit du « Grand Coutumier de Normandie » est une compilation de plusieurs textes juridiques fondamentaux pour l’Histoire de la Normandie. Il débute par la Charte aux Normands, concédée par Louis X le Hutin en 1315, et se poursuit avec la coutume de Normandie. Ce rare exemplaire, acquis en vente publique en juin 2005, est d’autant plus précieux qu’il présente en marge des notes de jurisprudence. En particulier, on trouve de nombreux arrêts du Parlement de Normandie du XIIIe siècle qui ne nous sont pas parvenus par ailleurs. ADSM, entrées par voie extraordinaire, J 1117 f° 1. Registre parchemin. |
Premier registre conservé de l’Échiquier de Normandie, 1336-1342
Cour itinérante, chargée de la vérification des comptes puis de l’instruction des affaires judiciaires, l’Échiquier de Normandie, mis en place au XIe siècle par les ducs, est le symbole du dynamisme administratif normand. Le registre présenté ici est le plus ancien conservé dans le fonds de cette cour. Intitulé Placita Scacarii Sancti Michaelis (Plaids de l’Échiquier de Saint Michel), il s’agit d’un registre factice conservant la mémoire des affaires portées devant l’Échiquier de la Saint Michel (29 septembre) et de Pâques entre 1336 et 1342. Pour chaque affaire sont mentionnés le nom des parties ainsi que leurs procureurs. Rédigé tantôt en latin tantôt en français, il se distingue des autres registres de l’Échiquier qui sont intégralement rédigés en français. ADSM, fonds du Parlement de Normandie, 1 B 1. Registre parchemin |
La conquête de Philippe Auguste n’avait abouti qu’à un statu quo précaire, et les rois d’Angleterre n’avaient pas durablement abandonné leurs prétentions sur les fiefs perdus. La mort des fils de Philippe le Bel sans héritier direct et l’accession au trône de Philippe VI de Valois, dont la légitimité est contestée, vont fournir au souverain anglais Édouard III l’occasion d’intervenir. La deuxième période du conflit est marquée par l’occupation de la Normandie, devenue le point d’appui majeur des rois Lancastre Henri V et Henri VI, ce dernier sacré roi de France à Paris à la suite du traité de Troyes. Au lendemain d’Azincourt, Henri V prend possession de la Normandie, une conquête qui s’achève par la reddition de Rouen en 1418. Après le jugement et la mort de Jeanne d’Arc, en 1431, l’occupation anglaise va durer encore près de vingt ans. La reconquête de la Normandie s’achève en 1450. Il faudra pourtant attendre 1475 pour voir signer la paix, après un ultime débarquement du roi Édouard IV (traité de Picquigny).
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Délibération du chapitre cathédral sur le procès de Jeanne d’Arc, 14 avril 1431
Capturée en mai 1430, lors du siège de Compiègne, Jeanne d’Arc est rachetée par les Anglais et transférée en décembre au château de Rouen. C’est pour hérésie qu’on va la juger sous la présidence d’un prélat extérieur à la Normandie, Pierre Cauchon, évêque de Beauvais. Les chanoines de la cathédrale de Rouen sont consultés en avril 1431. Dans leur délibération, rédigée en latin, ils recommandent que les charges pesant sur Jeanne (le registre parle d’une certaine femme détenue dans les prisons, « quandam mulierem in carceribus detentam ») lui soient expliquées en français (« in galico ») et qu’elle soit charitablement avertie de se soumettre aux ordres de l’Église. Sans s’engager davantage sur le fonds, ils demandent que l’Université de Paris soit consultée sur cette affaire. ADSM, fonds du chapitre cathédral, G 2126 f°99. Registre papier. |
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