Dans la province française (1450-1789)

  • La Renaissance

  • Les réformes religieuses

  • L’appel du large ou la tradition maritime

  • Économie et société

  • La vie culturelle sous l’Ancien Régime



  • La Renaissance


  • La fin du Moyen Age et le début de la Renaissance constituent une période faste sur le plan artistique, grâce notamment à l’action de prélats humanistes et proches du pouvoir, Guillaume d’Estouteville, Antoine Bohier, puis Georges I et II d’Amboise qui se succèdent à l’Archevêché de Rouen. L’art gothique connaît alors ses derniers feux, comme en témoignent les chantiers décoratifs de la cathédrale (tour de beurre, portail Saint-Romain) ou les bâtiments élevés pour abriter le parlement. Rouen est par ailleurs un centre traditionnel de production de manuscrits, illustré sous le règne de François Ier par des enlumineurs comme Jean Dumonstier.
    Cartulaire des pauvres, vers 1550

    Ce cartulaire a été établi entre 1544 et 1555 pour le « bureau des pauvres valides » de Rouen, devenu ensuite l’hôpital général. Il est illustré d’une remarquable peinture du Jugement dernier. En haut, le Christ entouré de la Vierge et des apôtres, en bas l’enfer ; entre les deux, la scène de droite évoque la parabole de Lazare et du mauvais riche. La réalisation de cette miniature a été attribuée, sans preuve, au peintre Geoffroy Dumonstier. Fils d’un enlumineur de Rouen, Jean Dumonstier, il a travaillé notamment sur le chantier de Fontainebleau où il a été en contact avec le florentin Rosso, jusqu’à son décès en 1540. ADSM, fonds des hôpitaux de Rouen, H dépôt 2 AP 38. Registre parchemin.

    Charte de l’archevêque Guillaume d’Estouteville en faveur du collège des Clémentins, 1460

    Par cet acte, l’archevêque Guillaume d’Estouteville fait une donation de 1 000 écus d’or au collège des Clémentins. Celui-ci, sis à Rouen rue Saint-Nicolas, avait été fondé en 1350 par le pape – et ancien archevêque de Rouen – Clément VI pour dire des messes dans la Cathédrale. La charte est remarquable par son initiale ornée, où le cardinal s’est fait lui-même représenter, recevant un document de la main d’un chapelain agenouillé. Elle a conservé son sceau. ADSM, fonds de l’Archevêché de Rouen, G 1201. Parchemin scellé



  • Les réformes religieuses


  • Interrogation devant le Salut et angoisse devant le Péché obsèdent les consciences depuis la fin du Moyen Âge. Au début du XVIe siècle, l’indulgence - rémission de peine accordée au pécheur - parvient à son plein développement. Ce système est dénoncé par Luther qui renverse la question du Salut : tous les moyens de rachat (bonnes œuvres, intercession des saints, indulgences…) sont dérisoires ; seule la Foi pourra justifier le pécheur. Le message luthérien séduit une part croissante des fidèles. La contestation éclate en 1562 (1ère guerre de religion). Remise en cause, l’église catholique entreprend son propre travail de réforme, qui passe par une réaffirmation de son dogme et une réorganisation de ses institutions. Les visites pastorales, tradition ancienne, sont repris à leur compte par les archevêques de la réforme catholique, comme Jacques Nicolas Colbert.
    Registre de la Grand Chambre du Parlement : requête d’un moine de Saint-Georges-de-Boscherville, 1562

    Ce registre de la Grand Chambre couvre la période du 12 août au 27 octobre 1562, correspondant à la première guerre de religion. Il témoigne des bouleversements causés dans la région par le conflit, après la prise de Rouen par les protestants le 15 avril 1562. Dans le document présenté ici, Jehan Lecordier religieux profès de Saint-Georges-de-Boscherville explique qu’il a été chassé avec ses confrères de l’abbaye « par force et violence…par aucuns de la nouvelle religion de sorte qu’ils auraient été contraints eulx retirer vers leurs parents et amis » et demande l’allocation d’une pension sur les revenus de l’abbaye « en attendant qu’il puisse être remis en icelle comme il était enprécédent lesd troubles advenus ». ADSM, fonds du Parlement de Normandie, 1 B 591. Registre papier.

    Dessin de tabernacle pour les Carmélites de Rouen, vers 1657.

    L’Église catholique post-tridentine, exaltant la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, accorda une attention particulière au tabernacle, meuble dans lequel sont conservées les hosties consacrées. S’il reste encore aujourd’hui de nombreux tabernacles anciens dans les églises de France, les dessins préparatoires, projets, esquisses sont beaucoup plus rares. Ce dessin n’est ni daté, ni signé mais les registres de dépense du couvent signalent d’importants travaux de décoration et d’équipement liturgique entre 1656 et 1660, notamment un paiement de 112 livres « pour l’or et l’argent du tabernacle » en 1657. ADSM, fonds des carmélites de Rouen, 64 HP 39. Papier.



  • L’appel du large ou la tradition maritime


  • Les Normands partent à la découverte du Nouveau monde au début du XVIe siècle, au Brésil pour commercer et à Terre-Neuve pour pêcher la morue. Cet essor nécessite l’accueil de navires plus grands, ce qui explique la fondation du Havre en 1517 par François Ier. Dans l’actuel Québec, Samuel Champlain fonde une première colonie française en 1604. Le rouennais René Robert Cavelier de La Salle, premier à descendre le Mississipi en 1682, s’empare de la Louisiane. L’expansion de la population française sur ces territoires et les enjeux du commerce des fourrures précipitent l’entrée en conflit avec les Britanniques. Le Traité de Paris démantèle la Nouvelle-France en 1763. Napoléon vend la Louisiane aux États-Unis en 1803. Au XVIIIe siècle, c’est la traite négrière qui fait la fortune d’armateurs havrais. L’esclavage est aboli par la France en 1848.
    Lettres patentes portant confirmation des privilèges accordés aux habitants du Havre, 12 août 1522

    Le port du Havre, anciennement nommé Havre de Grâce, est créé par le roi François Ier pour répondre à l’augmentation du trafic maritime et du tonnage des navires. Pour inciter l’installation d’habitants dans cette zone marécageuse, le roi leur accorde une exemption d’impôts, privilège confirmé et accordé à perpétuité par lettres patentes, ici portées sur les registres de la Cour des aides de Normandie : « (Nous) avons de nostre plaine science, grace especial, plaine puissance et auctorité royal affranchy et exempté et par ces présentes affranchissons et exemptons à toujours perpétuellement et à jamais ladite ville de Grace de toutes tailles qui seront levées en nostredit royaume (…) et avec ce (…) donnons et octroyons irrévocablement et à perpétuité comme dessus le franc saller pour le fait de la pescherie et en user par eulx sans en payer pour nous ne les nostres aucun droict de gabelle. » ADSM, fonds de la Cour des aides de Normandie, 3 B 1 f° 28. Registre papier.

    Compte du voyage au Canada d’un navire honfleurais, 1603

    Le compte du voyage au Canada en 1603 du navire honfleurais La Ruette est ici contesté par l’un des associés de cette expédition. Les recettes du voyage consistent en la vente de marchandises rapportées du Canada, notamment des fourrures de castors. Ce compte de voyage provient de la collection de Me Cécille, notaire à Criquetot-l’Esneval de 1855 à 1880. ADSM, fonds Cécille, 61 J 34. Papier.



  • Économie et société


  • La Normandie bénéficie sous l’Ancien Régime d’une démographie dynamique : en 1530, la province a retrouvé son niveau de population d’avant la Guerre de Cent Ans. Son poids économique est capital : elle verse un quart des impôts directs du royaume. Cette pression fiscale, aggravée par les famines et épidémies, est à l’origine de révoltes populaires. La province subit toutefois un affaiblissement politique : les États provinciaux ne sont plus convoqués et le Parlement de Normandie n’a que peu de pouvoir. L’activité textile est florissante. En complément de leurs ressources, de plus en plus de paysans exercent une activité artisanale à domicile : filage et tissage du lin et du coton. Au XVIIIe siècle, Rouen devient le grand centre du coton, notamment avec la fabrication de toiles peintes appelées « indiennes ». L’industrialisation s’illustre particulièrement dans le quartier Saint-Sever où les ateliers de faïences emploient cinq cent soixante dix ouvriers vers 1780. Rouen profite des inventions anglaises et se retrouve ainsi pionnière, avec par exemple le procédé de blanchiment des toiles.
    Lettres patentes autorisant l’implantation d’une manufacture de vitriol à Saint-Sever, 1769

    John Holker crée en 1769 « une manufacture d’huile de vitriol, eau forte et autres drogues » qu’il installe dans le faubourg Saint-Sever. Son « usine » lui permet la fabrication sur place de l’acide, jusqu’alors importé à prix fort. ADSM, fonds du Parlement de Normandie, 1 B 5527. Papier.

    Mémoire au sujet de la cherté du blé susceptible de créer des « attroupements » pour l’hiver, 20 septembre 1788

    A la veille de la Révolution, le subdélégué de Dieppe fait part à l’intendant de Rouen, de son inquiétude face aux attroupements populaires dans les campagnes, dus à la cherté du blé et donc à celle du pain, nourriture de base au XVIIIe siècle. ADSM, fonds de l’intendance de la généralité de Rouen, C 106. Papier.



  • La vie culturelle sous l’Ancien Régime


  • Le foisonnement de la vie culturelle sous l’Ancien Régime, reflet d’une société dynamique et cultivée, se caractérise par l’abondance de sa production. Rouen, deuxième ville du royaume au XVIIe siècle, bénéficie de son statut stratégique à proximité de la capitale, mais aussi d’un certain contexte historique. La Normandie est une terre d’abbayes qui seront à l’origine d’une formidable émulation artistique. L’influence de la Renaissance comme la volonté politique des souverains de doter le Parlement de Normandie de privilèges importants participent également à ce mouvement. Les hôtels particuliers de Rouen et les nombreux châteaux du Pays de Caux témoignent de cet art de vivre raffiné. L’aristocratie parlementaire et marchande constitue le moteur de la vie intellectuelle. Les éléments les plus brillants de leur temps en sortiront dont Corneille et Fontenelle sont les prototypes.
    Lettre de Fontenelle aux chanoines de la cathédrale leur envoyant un exemplaire de la dernière édition de ses œuvres en souvenir de son frère, 26 février 1753

    Parisien depuis de nombreuses décennies, désormais célèbre et adulé dans les salons de la capitale, le philosophe est néanmoins resté fidèle à ses origines familiales et à sa ville natale, Rouen. Il n’a pas oublié que l’un de ses frères, Joseph, avait appartenu à la confrérie des chanoines de la cathédrale. ADSM, fonds du chapitre cathédral, G 3719. Papier.

    Dessins de panneaux sculptés par Véniat, vers 1650

    Le XVIIe siècle français connaîtra un essor considérable sur le plan artistique. De nombreux artistes laisseront leur empreinte dans des domaines aussi variés que la sculpture, la peinture, l’ébénisterie, l’architecture ou encore l’art des jardins. Ces panneaux destinés à embellir une riche demeure sont l’œuvre de Guillaume Véniat, menuisier du roi, bourgeois de Paris. L’émulation artistique est alors à son faîte et laissera à la postérité une certaine idée de ce que fut le classicisme français. ADSM, fonds du Parlement de Normandie, 1 B 5585. Papier.