Godefroy contre Baudoin, par Emma Noël

Au XIVe siècle, un chevalier nommé Godefroy vivait heureux dans un château fort, aux côtés du seigneur Guillaume. Celui-ci appréciait sa compagnie. Le chevalier était un homme grand, loyal, qui avait les cheveux couleur châtaigne. Il portait une veste avec son blason brodé dessus. Godefroy ne partait jamais sans son homme d’armes, le fidèle Torticolis. On l’appelait ainsi car il avait toujours la tête inclinée vers la gauche, comme s’il souffrait d’un torticolis. Il ne quittait jamais celui qui était,

Pour lui, un second roi et qu’il surnommait « Sire Godefroy ».

– « Je te dois la vie mon jeune Torticolis » disait le chevalier à chaque fois que celui-ci le sortait d’une situation périlleuse.

Mais s’il était bon et serviable, Godefroy l’était parfois un peu trop. Il allait même jusqu’à voler de la nourriture en cuisine, pour l’offrir aux paysans. Les pauvres !

Ils travaillaient le ventre vide toute la journée, contrairement aux riches qui festoyaient chaque soir.

Heureusement, ils se régalaient grâce à Godefroy qui leur ramenait des repas tout chaud.

Bref, Godefroy et son fidèle Torticolis menaient une vie paisible au château du Seigneur Guillaume.

Celui-ci était riche et aimé de tout son peuple. Il possédait trente hectares de terres, situés tout autour de son château, qui avait été bâti par ses ancêtres. Ce château, entouré de douves profondes, comportait une grande cour extérieure, un donjon et quatre tours. La première était la chambre de Seigneur Guillaume. La deuxième, entourée de meurtrières, servait d’établi car on y rangeait les armes. La troisième tour (la plus solide des quatre) protégeait les trésors du château. Enfin, au rez- de-chaussée de la quatrième, se trouvaient les écuries, que les palefreniers nettoyaient chaque matin.

Godefroy, lui, logeait dans un petit coin, aménagé par les chevaliers.

Un matin, alors que Torticolis était allé couper du bois, un messager se précipita vers le château en pierres, un parchemin roulé dans son poing serré. Le pont-levis se referma derrière lui, comme une grande bouche qui engloutit son repas.

– « Seigneur ! Seigneur Guillaume ! » cria le messager en courant vers la tour où Seigneur Guillaume logeait.

Au moment où il allait franchir la porte, Godefroy lui barra le passage.

– « Je veux voir Seigneur Guillaume, c’est important ! se défendit le messager.

– Seigneur Guillaume est absent et ne peut pas te recevoir, Messager ! répondit Godefroy.

Mais il m’a chargé de prendre les messages qui lui étaient destinés. »

Le message lui tendit alors le parchemin froissé en disant :

– « Bon, et n’oubliez pas de le lui transmettre le plus vite possible.

– Compte sur moi ! ».

Pendant que le messager rebroussait chemin et s’en retournait dans la forêt, Godefroy déplia le message. Il apprit avec stupeur que la fille de Seigneur Guillaume, la douce Aliénor, avait été enlevée par Baudoin, l’horrible crapule d’en face, d’après Godefroy. Lui et Seigneur Guillaume étaient ennemis depuis toujours et l’ignoble Baudoin avait déjà essayé différents stratagèmes pour le faire prisonnier afin qu’il puisse récupérer ses terres. Il était également écrit que, pour avoir la chance de revoir Aliénor vivante, il fallait se rendre sur la colline Ouest pour un combat. Le rendez-vous était fixé une heure avant le coucher du soleil. Furieux, Godefroy jeta le parchemin qui roula vers une muraille.

– Ah, nous sommes faibles ? Montrons de quoi nous sommes capables ! » s’écria le chevalier.

Godefroy rassembla des armes, des chevaux et l’armée du seigneur Guillaume.

Quand tout fut prêt, il sortit son épée de son fourreau et la leva vers le ciel, comme pour demander à Dieu de les protéger. Une fois équipée de bonnes cuirasses et d’armes en tous genres, la troupe sortit du château, pour se rendre au point de rendez-vous.

Mais, Godefroy n’avait aucune idée de l’endroit où se trouvait la colline Ouest. Un paysan, Barnabé, leur indiqua l’extrême droite du château où, d’après-lui, se déroulerait la bataille.

– « Là où le soleil se couche, précisa-t-il, les jambes flageolantes devant tous ses chevaliers, armés jusqu’aux dents.

Godefroy remercia Barnabé d’un signe de tête et se dirigea vers la colline la plus proche.

Baudoin, une lance à la main, attendait en ricanant sur le haut de la colline.

– « Tu comptes te battre seul ? demanda ironiquement Godefroy.

– C’est un peu compliqué, mais tu ne m’en voudras pas si j’appelle du renfort ? » cria

Baudoin.

Presque aussitôt, une armée l’entoura. Les hommes qui la constituaient étaient immenses et ils avaient les bras comme des troncs d’arbres. Ils semblaient de bons bagarreurs, bien décidés à gagner cette bataille. Un peu impressionné, Godefroy brandit son épée tranchante en poussant un cri de guerre :

– « L’armée de Seigneur Guillaume vaincra ! ».

La bataille fit rage : certains s’écrasaient par terre, le cou ensanglanté. D’autres abandonnaient et prenaient la direction duchâteau. Godefroy regardait son armée reculer au fur et à mesure que Baudoin prenait de l’avance.

Soudain, Torticolis surgit : un fagot de bois sous le bras, accompagné de tous les paysans du comté.

Torticolis fit tomber Baudoin de son cheval et repoussa à coups de fagots, ceux qui l’approchait. Les paysans l’aidèrent à l’aide de leurs fourches et de leurs balais.

Quand l’armée de Baudoin fut vaincue, celui-ci déclara :

– « Vous avez gagné ! Je vous rends Aliénor ! ».

La princesse se jeta dans les bras de Godefroy.

– « Je vais immédiatement prévenir mon père de vos exploits et vous demander en mariage ! »dit-elle.

Tout heureux, Godefroy s’approcha de son homme d’armes et s’écria :

– « Je te dois la vie mon jeune Torticolis ! ».

Enluminure des Chroniques d’Enguerrand de Monstrelet
©Bibliothèque de l’Université de Leiden

Emma est en 6e au collège Hector Malot de Mesnil-Esnard.