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LA VIE LITTERAIRE

L’attirance de Corneille pour le théâtre est irrésistible. Formé dès le plus jeune âge aux effets oratoires et à la rhétorique dans le cadre du collège de Bourbon, sa vocation profonde, loin des arcanes du monde judiciaire auquel il appartient, est en fait la poésie et la dramaturgie.

Doué d’un sens inné de l’écriture, du rythme et de ses cadences, la culture classique dont il est imprégné l’a préparé à concevoir une œuvre puisant ses racines aux sources de l’antiquité gréco-romaine. Ayant achevé ses études, il éprouve le besoin de rompre quelque temps avec l’austérité de son milieu. Rouen est en effet une ville qui aime la fête. Mascarades, spectacles de rue et représentations théâtrales l’animent en permanence. Corneille fréquente alors le collège des Bons-Enfants où l’on joue de nombreuses comédies ainsi que le Jeu de Paume des Braques, près du temple Saint-Eloi. Sans doute aiguise-t-il et développe-t-il, dans ces lieux, où il peut observer à sa guise les effets de la dramaturgie, cette nature seconde qui l’habite, c’est à dire celle d’un poète et créateur.

Fasciné par le théâtre, Corneille trouve dans un amour de jeunesse contrarié, dont l’objet était la fille d’un receveur à la cour des aides, Catherine Hüe, l’occasion de sa première pièce, Mélite ou Les Fausses Lettres. La chance veut qu’un comédien, illustre en son temps, Mondory, fasse jouer la pièce à Paris, où elle connaît un succès retentissant. Très vite le jeune Corneille se trouve au centre de toutes les conversations, en particulier au cœur de celles qui divisent à l’époque théâtre littéraire et théâtre d’action. Toujours est-il qu’il revient de Paris convaincu qu’il est nécessaire d’appliquer la règle des unités définie en 1572 par Jean de La Taille : « il faut toujours représenter l’histoire et le jeu en un même jour, en un même temps, en un même lieu. » Le théâtre classique est né.

Corneille recherchera toujours la protection des puissants et les événements parfois tragiques de son temps nourrissent les intrigues qui sous-tendent ses pièces, par exemple l’exécution de Louis de Marillac que les lecteurs croient reconnaître sous les traits de Clitandre. De ce fait, ses rapports avec Richelieu et Mazarin sont souvent ambigus. Mais en 1636, l’éclatant succès du Cid l’élève définitivement au panthéon littéraire des gloires de son temps, malgré la querelle qui l’accompagne. Après son élection à l’Académie Française en 1647, on peut dire que la fortune lui sourit jusqu’en 1661, date de la mort de Mazarin et de l’arrestation de Fouquet. Les années suivantes sont assombries par la rivalité avec son jeune rival, Racine. L’hôtel de Bourgogne, malgré l’énorme succès d’Iphigénie, lui reste cependant fidèle et saura l’accueillir en 1674 pour une représentation de sa dernière pièce Suréna, Général des Parthes.