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UNE FAMILLE DE ROBE
La vie parlementaire
Expression du pouvoir royal, créé en 1499 par le roi Louis XII sous le vocable d’Echiquier Permanent, le Parlement de Normandie est une juridiction souveraine à l’égal du Parlement de Paris. Ses prérogatives son importantes. Son rôle éminemment politique au cours du XVIIe siècle sera le creuset d’une opposition au pouvoir royal. En effet, l’hérédité et la vénalité des charges n’ont fait qu’accentuer ce caractère d’indépendance des officiers vis à vis de l’autorité du roi.
Le besoin de renforcer les institutions monarchiques au cours du XVe siècle est à l’origine du mouvement général qui aboutit à la création de nouvelles instances dans le royaume. En 1515, François 1er confère au Parlement de Normandie les mêmes pouvoirs que celui de Paris. Les structures sont identiques et les chambres qui le composent sont les mêmes : grand-chambre, chambre des requêtes, chambre des enquêtes etc… Chaque parlement est une compagnie d’officiers, un corps doté de privilèges appréciables en matière fiscale et judiciaire. Il enregistre les lois, ce qui favorise la naissance d’une opposition politique à l’autorité du souverain. Ce sera une caractéristique de la vie parlementaire sous l’Ancien Régime. A plusieurs reprises, la royauté tente de réduire les parlements au silence en recourant à l’interdiction ou à la suspension, mais il n’est guère possible d’interrompre la vie judiciaire trop longtemps. Tel a été le cas à Rouen en 1639. Louis XIV réussit néanmoins à tempérer leur rôle en promulguant à partir de 1673 l’interdiction des remontrances préalables. Tout un cérémonial préside à la vie des Parlements : après la messe entendue chaque matin, suivent les audiences. Dans cette société très hiérarchisée, le costume distingue les magistrats. Les présidents à mortier portent l’épitoge brodée d’hermine assortie du grand manteau fourré de vair alors que doyens et présidents des requêtes revêtent la robe de pourpre, les greffiers en chef le manteau de laine rouge et les conseillers-clercs la robe d’écarlate.
Les fonctions
Dès au moins le XVIe siècle, les parents tant paternels que maternels du poète occupaient des fonctions de judicature soit au bailliage d’Evreux soit dans la vicomté de Rouen. On y trouvait toutes sortes de conseillers, d’avocats, de procureurs, de greffiers, de lieutenants civils et criminels, de maîtres des comptes et déjà d’officiers des Eaux et Forêts. Cette dernière fonction marquera l’ascendance paternelle du poète.
C’est le 5 mai 1599, à l’âge de 27 ans, que le père de l’écrivain a obtenu des provisions de maître particulier des Eaux et Forêts. Lui-même fils d’un conseiller référendaire à la chancellerie du Parlement de Normandie, il s’inscrit dans une tradition familiale désormais bien ancrée. La fonction de maître des Eaux et Forêts trouve son origine dans une ordonnance du roi Charles V promulguée en 1376 afin d’organiser l’administration des forêts. Devant la dégradation du domaine forestier, François 1er édicte deux nouvelles ordonnances, qui contribuent à renforcer les pouvoirs des maîtres des Eaux et Forêts. Habilités à prononcer des sentences et à infliger des amendes, leurs jugements peuvent être revus en appel devant une juridiction dite de la « Table de Marbre », parce qu’elle siège au Palais derrière une table de marbre noir.
Il n’est donc pas étonnant qu’à l’issue de ses études de droit, achevées en 1624 dans un milieu qui comporte de nombreux magistrats, dont un oncle procureur au Parlement, le futur dramaturge se soit tourné vers la profession d’avocat. L’âge requis à l’époque étant de 17 ans, il prête serment le 18 juin 1624. On sait peu de choses sur sa carrière d’avocat. Il semble cependant que son éloquence ait été médiocre. En 1628, son père obtient pour lui la charge d’« avocat du roi ancien au siège des Eaux et Forêts et de premier avocat du roi en l’Amirauté de France au siège général de la Table de Marbre du Palais de Rouen », bien qu’il ne remplisse pas encore les conditions requises (26 ans et quatre années de barreau). Corneille s’acquitte de façon effective de cette double charge, qui lui rapporte environ 1200 livres par an, jusqu’au printemps 1650, s’occupant des Eaux et Forêts, d’affaires de batellerie et de navigation. Suite aux événements de la Fronde, il est nommé dans la charge de procureur des Etats de Normandie par le jeune roi Louis XIV ; il vend alors ses deux offices d’avocat du roi. Mais un an plus tard, son prédécesseur, Bauldry, retrouve sa charge. Corneille doit mettre alors un terme à sa carrière judiciaire. Il a 45 ans.
UNE FAMILLE DE ROBE
La vie parlementaire
Expression du pouvoir royal, créé en 1499 par le roi Louis XII sous le vocable d’Echiquier Permanent, le Parlement de Normandie est une juridiction souveraine à l’égal du Parlement de Paris. Ses prérogatives son importantes. Son rôle éminemment politique au cours du XVIIe siècle sera le creuset d’une opposition au pouvoir royal. En effet, l’hérédité et la vénalité des charges n’ont fait qu’accentuer ce caractère d’indépendance des officiers vis à vis de l’autorité du roi.
Le besoin de renforcer les institutions monarchiques au cours du XVe siècle est à l’origine du mouvement général qui aboutit à la création de nouvelles instances dans le royaume. En 1515, François 1er confère au Parlement de Normandie les mêmes pouvoirs que celui de Paris. Les structures sont identiques et les chambres qui le composent sont les mêmes : grand-chambre, chambre des requêtes, chambre des enquêtes etc… Chaque parlement est une compagnie d’officiers, un corps doté de privilèges appréciables en matière fiscale et judiciaire. Il enregistre les lois, ce qui favorise la naissance d’une opposition politique à l’autorité du souverain. Ce sera une caractéristique de la vie parlementaire sous l’Ancien Régime. A plusieurs reprises, la royauté tente de réduire les parlements au silence en recourant à l’interdiction ou à la suspension, mais il n’est guère possible d’interrompre la vie judiciaire trop longtemps. Tel a été le cas à Rouen en 1639. Louis XIV réussit néanmoins à tempérer leur rôle en promulguant à partir de 1673 l’interdiction des remontrances préalables. Tout un cérémonial préside à la vie des Parlements : après la messe entendue chaque matin, suivent les audiences. Dans cette société très hiérarchisée, le costume distingue les magistrats. Les présidents à mortier portent l’épitoge brodée d’hermine assortie du grand manteau fourré de vair alors que doyens et présidents des requêtes revêtent la robe de pourpre, les greffiers en chef le manteau de laine rouge et les conseillers-clercs la robe d’écarlate.
Les fonctions
Dès au moins le XVIe siècle, les parents tant paternels que maternels du poète occupaient des fonctions de judicature soit au bailliage d’Evreux soit dans la vicomté de Rouen. On y trouvait toutes sortes de conseillers, d’avocats, de procureurs, de greffiers, de lieutenants civils et criminels, de maîtres des comptes et déjà d’officiers des Eaux et Forêts. Cette dernière fonction marquera l’ascendance paternelle du poète.
C’est le 5 mai 1599, à l’âge de 27 ans, que le père de l’écrivain a obtenu des provisions de maître particulier des Eaux et Forêts. Lui-même fils d’un conseiller référendaire à la chancellerie du Parlement de Normandie, il s’inscrit dans une tradition familiale désormais bien ancrée. La fonction de maître des Eaux et Forêts trouve son origine dans une ordonnance du roi Charles V promulguée en 1376 afin d’organiser l’administration des forêts. Devant la dégradation du domaine forestier, François 1er édicte deux nouvelles ordonnances, qui contribuent à renforcer les pouvoirs des maîtres des Eaux et Forêts. Habilités à prononcer des sentences et à infliger des amendes, leurs jugements peuvent être revus en appel devant une juridiction dite de la « Table de Marbre », parce qu’elle siège au Palais derrière une table de marbre noir.
Il n’est donc pas étonnant qu’à l’issue de ses études de droit, achevées en 1624 dans un milieu qui comporte de nombreux magistrats, dont un oncle procureur au Parlement, le futur dramaturge se soit tourné vers la profession d’avocat. L’âge requis à l’époque étant de 17 ans, il prête serment le 18 juin 1624. On sait peu de choses sur sa carrière d’avocat. Il semble cependant que son éloquence ait été médiocre. En 1628, son père obtient pour lui la charge d’« avocat du roi ancien au siège des Eaux et Forêts et de premier avocat du roi en l’Amirauté de France au siège général de la Table de Marbre du Palais de Rouen », bien qu’il ne remplisse pas encore les conditions requises (26 ans et quatre années de barreau). Corneille s’acquitte de façon effective de cette double charge, qui lui rapporte environ 1200 livres par an, jusqu’au printemps 1650, s’occupant des Eaux et Forêts, d’affaires de batellerie et de navigation. Suite aux événements de la Fronde, il est nommé dans la charge de procureur des Etats de Normandie par le jeune roi Louis XIV ; il vend alors ses deux offices d’avocat du roi. Mais un an plus tard, son prédécesseur, Bauldry, retrouve sa charge. Corneille doit mettre alors un terme à sa carrière judiciaire. Il a 45 ans.
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