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Dénonciations pendant la période révolutionnaire sur le secteur du Havre
Dénonciations pendant la période révolutionnaire sur le secteur du Havre (L 5337) « Registres des dénonciations au Comité de surveillance du Havre pour la période allant du 8 septembre 1793 au 22 messidor An II »
Page 4 :
« Contre Prudence Barois ; mandat d’arrêt délivré »
« Le 11 septembre 1793, l’an 2ème de la République française une et indivisible, six heures après midi. S’est présenté le citoyen Antrimon capitaine de vaisseau lequel a déclaré qu’étant à la Guadeloupe le 1er novembre dernier où il a eu la douleur de voir arboré la cocarde et le Pavillon Blanc par les Colons, le lendemain il fut très surpris de voir le nommé Prudence Barois de cette ville qui avoit arboré et le soir se trouvait … avec une troupe de contre révolutionnaires qui crioit vive le Roy, vive la Reine vive Brunswick. ; que pendant son séjour dans la ditte colonie, il n’a cessé de porter la cocarde blanche »
Page 56 :
« Contre le Coq »
« Le 9 ventose an II s’est présenté au Comité de surveillance établi au Havre Marat , le nommé Barnabé Masse, serrurier…, lequel a déposé avec vérité qu’à l’époque où les brigands de la Vendée prirent Saumur , il auroit entendu dire au nommé Lecoq, maître d’école aristocrate forcené, parlant à la femme Delaître, marchande laitière … il lui dit notre armée parlant de celle des brigands a battu celle des patriotes, ils ont pris Saumur, à quoi la ditte femme Delaître répondit un seul mot, bon. Observant le dit Massé que le dit Coq couchoit au logis du cy-devant Curé déporté, comme gardien de ses effets jusqu’à l’époque de l’arrivée en cette commune de l’armée révolutionnaire et est tout ce qu’il dit savoir et a signé après lecture faite approuvée.
Signé Massé
Rappel : loi des suspects du 10 juillet 1793, article 2 : Sont jugés suspects « ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté […]. Les nobles, les maris, les femmes, pères, mères, fils ou filles, frères ou sœurs, qui n’ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution. Ceux qui ont émigré du 1er juillet 1789 au 8 avril 1792, bien qu’ils soient rentrés en France »
Questions
1) Présentez le document : sa nature, le contexte dans lequel il a été écrit et son intérêt
2) Que reproche-ton à Prudence Barois ? Quelle est la décision du Comité de surveillance ?
3) Que reproche-t-on à Lecoq ? En quoi cela rentre-t-il dans le cadre de la loi des suspects ?
4) Que nous apprennent ces documents sur l’application de la Terreur au Havre ?
Réponses
1) Le document est composé de deux extraits du « Registres des dénonciations au Comité de surveillance du Havre pour la période allant du 8 septembre 1793 au 22 messidor An II », c’est à dire au cœur de la période de la Terreur. (septembre 1793 – juillet 1794). L ‘intérêt du document est de montrer le quotidien des comités de surveillance qui dans chacune des régions relayaient les décisions du comité de Salut Public dominé par Robespierre.
Le document est également à mettre en relation avec le contexte particulier des Antilles et de la lutte entre Patriotes et royalistes, prolongement de ce qui se passait en métropole.
2) Les faits reprochés à Prudence Barois sont d’avoir arboré « la cocarde et le pavillon blanc», symboles de la royauté à opposer à la cocarde et au drapeau bleu-blanc-rouge, symboles de la République proclamée le 21 septembre 1792.
On lui reproche également d’être lié à des contre révolutionnaires qui ont crié « vive le Roy, vive la Reine vive Brunswick ». A ce moment, le 1er novembre 1792, Louis XVI et Marie Antoinette ont été arrêtés après la prise de Tuileries le 10 août 1792. Quant à Brunswick, commandant de l'armée alliée autrichienne et allemande réunie pour envahir la France et auteur du « Manifeste de Brunswick » (25 juillet 1792) qui menaçait Paris de représailles si les Révolutionnaires s’en prenaient au couple royal, il a été vaincu à Valmy (20 septembre 1792) mais la nouvelle n’est peut-être pas encore arrivée aux Antilles. Barois prend donc clairement parti contre la Convention.
La décision du comité de surveillance est de faire arrêter Prudence Barois, mais on ne sait pas ce qu’il advint finalement.
3) On reproche à Lecoq des faits moins clairement avérés, puisqu’il semble avoir simplement évoqué une victoire des Vendéens en prenant parti pour ces deniers : « notre armée en parlant de celle des brigands » ; on lui reproche surtout ses fréquentations : la femme Delâitre qui acquiescé à ses propos, et surtout le fait d’être lié à un prêtre opposé à la Révolution. On peut aussi noter que Lecoq est qualifié « d’aristocrate forcené », ce qui ne correspond pas a priori à son métier : « maître d’école »
Les faits qui lui sont reprochés sont tout à fait représentatifs de l’application de la loi des suspects : en effet, on lui reproche aussi bien sa « conduite » et ses « propos » que ses « relations », c’est à dire un champ très large d’application.
4) Ces documents nous montrent tout d’abord que la pratique de la dénonciation semble courante pendant la Terreur au Havre. Elle concerne une large partie de la population. Les personnes concernées sont en effet de milieux sociaux variés. Il se dégage d’ailleurs du deuxième document un sentiment de suspicion généralisée.
Il semble de plus que les lois édictées par la Convention étaient bien connues de la population et recevait un assez large écho.
On peut nuancer ce propos en notant que si un mandat d’arrêt a été délivré contre Barois, il ne semble pas que Lecoq ait fait l’objet de poursuites.
Page 4 :
« Contre Prudence Barois ; mandat d’arrêt délivré »
« Le 11 septembre 1793, l’an 2ème de la République française une et indivisible, six heures après midi. S’est présenté le citoyen Antrimon capitaine de vaisseau lequel a déclaré qu’étant à la Guadeloupe le 1er novembre dernier où il a eu la douleur de voir arboré la cocarde et le Pavillon Blanc par les Colons, le lendemain il fut très surpris de voir le nommé Prudence Barois de cette ville qui avoit arboré et le soir se trouvait … avec une troupe de contre révolutionnaires qui crioit vive le Roy, vive la Reine vive Brunswick. ; que pendant son séjour dans la ditte colonie, il n’a cessé de porter la cocarde blanche »
Page 56 :
« Contre le Coq »
« Le 9 ventose an II s’est présenté au Comité de surveillance établi au Havre Marat , le nommé Barnabé Masse, serrurier…, lequel a déposé avec vérité qu’à l’époque où les brigands de la Vendée prirent Saumur , il auroit entendu dire au nommé Lecoq, maître d’école aristocrate forcené, parlant à la femme Delaître, marchande laitière … il lui dit notre armée parlant de celle des brigands a battu celle des patriotes, ils ont pris Saumur, à quoi la ditte femme Delaître répondit un seul mot, bon. Observant le dit Massé que le dit Coq couchoit au logis du cy-devant Curé déporté, comme gardien de ses effets jusqu’à l’époque de l’arrivée en cette commune de l’armée révolutionnaire et est tout ce qu’il dit savoir et a signé après lecture faite approuvée.
Signé Massé
Rappel : loi des suspects du 10 juillet 1793, article 2 : Sont jugés suspects « ceux qui, soit par leur conduite, soit par leurs relations, soit par leurs propos ou leurs écrits, se sont montrés partisans de la tyrannie ou du fédéralisme et ennemis de la liberté […]. Les nobles, les maris, les femmes, pères, mères, fils ou filles, frères ou sœurs, qui n’ont pas constamment manifesté leur attachement à la Révolution. Ceux qui ont émigré du 1er juillet 1789 au 8 avril 1792, bien qu’ils soient rentrés en France »
Questions
1) Présentez le document : sa nature, le contexte dans lequel il a été écrit et son intérêt
2) Que reproche-ton à Prudence Barois ? Quelle est la décision du Comité de surveillance ?
3) Que reproche-t-on à Lecoq ? En quoi cela rentre-t-il dans le cadre de la loi des suspects ?
4) Que nous apprennent ces documents sur l’application de la Terreur au Havre ?
Réponses
1) Le document est composé de deux extraits du « Registres des dénonciations au Comité de surveillance du Havre pour la période allant du 8 septembre 1793 au 22 messidor An II », c’est à dire au cœur de la période de la Terreur. (septembre 1793 – juillet 1794). L ‘intérêt du document est de montrer le quotidien des comités de surveillance qui dans chacune des régions relayaient les décisions du comité de Salut Public dominé par Robespierre.
Le document est également à mettre en relation avec le contexte particulier des Antilles et de la lutte entre Patriotes et royalistes, prolongement de ce qui se passait en métropole.
2) Les faits reprochés à Prudence Barois sont d’avoir arboré « la cocarde et le pavillon blanc», symboles de la royauté à opposer à la cocarde et au drapeau bleu-blanc-rouge, symboles de la République proclamée le 21 septembre 1792.
On lui reproche également d’être lié à des contre révolutionnaires qui ont crié « vive le Roy, vive la Reine vive Brunswick ». A ce moment, le 1er novembre 1792, Louis XVI et Marie Antoinette ont été arrêtés après la prise de Tuileries le 10 août 1792. Quant à Brunswick, commandant de l'armée alliée autrichienne et allemande réunie pour envahir la France et auteur du « Manifeste de Brunswick » (25 juillet 1792) qui menaçait Paris de représailles si les Révolutionnaires s’en prenaient au couple royal, il a été vaincu à Valmy (20 septembre 1792) mais la nouvelle n’est peut-être pas encore arrivée aux Antilles. Barois prend donc clairement parti contre la Convention.
La décision du comité de surveillance est de faire arrêter Prudence Barois, mais on ne sait pas ce qu’il advint finalement.
3) On reproche à Lecoq des faits moins clairement avérés, puisqu’il semble avoir simplement évoqué une victoire des Vendéens en prenant parti pour ces deniers : « notre armée en parlant de celle des brigands » ; on lui reproche surtout ses fréquentations : la femme Delâitre qui acquiescé à ses propos, et surtout le fait d’être lié à un prêtre opposé à la Révolution. On peut aussi noter que Lecoq est qualifié « d’aristocrate forcené », ce qui ne correspond pas a priori à son métier : « maître d’école »
Les faits qui lui sont reprochés sont tout à fait représentatifs de l’application de la loi des suspects : en effet, on lui reproche aussi bien sa « conduite » et ses « propos » que ses « relations », c’est à dire un champ très large d’application.
4) Ces documents nous montrent tout d’abord que la pratique de la dénonciation semble courante pendant la Terreur au Havre. Elle concerne une large partie de la population. Les personnes concernées sont en effet de milieux sociaux variés. Il se dégage d’ailleurs du deuxième document un sentiment de suspicion généralisée.
Il semble de plus que les lois édictées par la Convention étaient bien connues de la population et recevait un assez large écho.
On peut nuancer ce propos en notant que si un mandat d’arrêt a été délivré contre Barois, il ne semble pas que Lecoq ait fait l’objet de poursuites.
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