Un sceau exceptionnel restauré

 

Au mois d’avril 2014, pendant une semaine (7-11 avril 2014), Muriel Desforges, restauratrice aux Archives départementales de la Seine-Maritime sur le site de Grammont, est partie en formation de perfectionnement à l’atelier de restauration de sceaux des Archives nationales. Là, encadrée par Agnès Prévost, chef de l’atelier, elle en a profité pour restaurer, avec l’expertise des Archives nationales qui font référence en la matière, un sceau d’Edouard Ier, roi d’Angleterre (1272-1307), conservé aux Archives départementales de la Seine-Maritime sous la cote G 4058 (fonds de la cathédrale de Rouen). Ce sceau est exceptionnel à plus d’un titre. En effet, il s’agit d’une des plus belles pièces des Archives de la Seine-Maritime, tant par son état de conservation – malgré quelques lacunes pour la légende -, sa finesse d’exécution, que par sa rareté, les Archives départementales n’en conservant qu’une seule autre empreinte (G 1113). Ce sceau est appendu au bas d’une charte en parchemin de 1298 (n. st.) par laquelle Edouard Ier, en conséquence de la trêve conclue entre le roi de France et lui, promet d’indemniser le doyen et les chanoines de la cathédrale de Rouen ou ceux qui, à leur instance, se seront portés caution pour les sujets du roi d’Angleterre, prisonniers des Français. On peut voir au droit de ce sceau Edouard Ier sur son trône (type de majesté), représenté en roi d’Angleterre couronné, tenant un globe surmonté d’une croix pattée dans la main gauche et un sceptre dans la dextre, et au revers Edouard sur un cheval revêtu d’une houppelande léopardée (type équestre de guerre), casqué, tenant une épée  dans la main gauche et un bouclier léopardé dans la dextre, représenté en duc de Normandie, bien que la Normandie ne soit plus anglaise de facto depuis 1204. C’est Guillaume le Conquérant, dans la seconde moitié du XIe siècle, qui avait initié cette pratique du sceau biface reprise par ses successeurs des siècles durant.

 

  

Droit du sceau avant restauration                                       Droit du sceau après restauration

 

En ce qui concerne la restauration proprement dite, Muriel Desforges, après avoir protégé la charte par une pochette plastique (polyester) transparente, a commencé le nettoyage du sceau grâce à des compresses d’eau déminéralisée. Comme cela ne fut pas suffisant, elle employa également un détergent neutre en très faible proportion (0,2 à 0.3%).

Puis, le sceau d’Edouard ayant par le passé (XVIIIe-XIXe siècles) été recouvert d’un vernis protecteur – colophane – qui, avec le temps,  a pris un aspect marron et a craquelé à la surface du sceau, Muriel Desforges, après avoir effectué des tests, a retiré ce vernis à l’aide d’un coton tige imprégné d’un mélange d’éthanol et d’eau déminéralisée. Ce nettoyage dura deux jours.Elle a ensuite dû enlever les anciens comblements effectués lors d’une précédente restauration, puis a assemblé les différentes parties du sceau (3) à froid avec une colle de poisson (vessie d’esturgeon).

Elle a alors pu commencer le comblement des lacunes, réalisé avec un mélange de cire cosmoloïde (20%) et de paraffine (80%), colorées avec des pigments purs de sorte à obtenir une couleur proche de celle du sceau. Ce comblement fut réalisé à l’aide de différentes pointes chauffantes réglées à une température inférieure au point de fusion de la cire. La règle veut que la surface du comblage présente un léger retrait par rapport à la surface originelle du sceau, afin que la restauration soit visible.

Enfin, après une mise à plat des doubles queues en parchemin, elle a retiré les imprégnations de cire qui étaient dessus à l’aide d’une spatule.

 

  

Revers du sceau avant restauration                                                                 Revers du sceau après restauration

 

Il faut noter que chaque restauration est documentée. Ainsi, le dossier de restauration de ce sceau comporte une fiche de constat d’état avant restauration, des prises de vues recto et verso du sceau avant et après intervention, ainsi qu’une description précise des interventions réalisées, avec le détail des techniques et matériaux employés.

 

                                                                                             Charte scellée